L'émergence d'un ordre juridique défiant les ordres politiques. Libres propos sur un phénomène inédit

AutoreNikitas Aliprantis
Pagine15-18
L’émergence d’un ordre juridique défiant
les ordres politiques.
Libres propos sur un phénomène inédit*
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1. Le phénomène le plus frappant des évolutions économiques du capitali-
sme depuis le dernier quart du XXe siècle, c’est que celui-ci s’est transformé en
système de spéculation sans limites et sans frein (entre autres Joseph Stiglitz,
Marc Roche). A cette transformation a certainement beaucoup contribué le chan-
gement structurel de l’économie qui, d’industrielle, est devenue informationnel-
le. Ceci non seulement a accentué l’incapacité du marché à accroître ou même à
maintenir le bien-être humain, mais a permis à un petit nombre d’acteurs d’uti-
liser les informations acquises au moyen des nouvelles technologies – du cyber-
monde – et de s’enrichir vertigineusement aux dépens du reste de l’humanité.
Ce résultat est atteint essentiellement par le jeu spéculatif boursier et bancaire.
En particulier, les banques prêtent aujourd’hui de l’argent virtuel, c’est-à-dire,
ne correspondant pas à des richesses réelles et pourtant, en se fondant sur la con-
ance, elles font comme s’il s’agissait de monnaie réelle, donc duciaire; elles
s’approprient ainsi une fonction qui n’appartient qu’à l’Etat s’agissant d’une
fonction régalienne (seul l’Etat crée la monnaie réelle).
En résumé, par le jeu spéculatif, «on gagne de l’argent avec l’argent» (A-
, 2011), au lieu de l’investir dans l’activité économique, dans l’économie
réelle. Pire encore, à la différence du jeu «innocent» des casinos, la spéculation
en question vise à maximiser ses prots à travers les situations délicates de Etats,
si elle ne crée ou n’aggrave elle-même de telles situations, en accentuant les pro-
blèmes de l’endettement. Dans ce domaine, le rôle des agences de notation qui
sont devenues en peu de temps les contrôleurs nanciers du globe, est néfaste, au
moins pour deux raisons. La première en est qu’, alors qu’elles travaillent pour
des clients précis (investisseurs institutionnels), elles se croient fondées à com-
muniquer leurs appréciations, urbi et orbi, comme si elles étaient dotées par les
autorités publiques du pouvoir d’informer les marchés du monde entier. En fait,
elles s’arrogent ce pouvoir, ce qui ne manque pas de produire une spirale d’ef-
fets négatifs, c’est-à-dire, de nuire aux Etats, régions, institutions, entreprises,
* Les lignes qui suivent, écrites pour un collègue et ami de longue date, se veulent un condensé
d’une réflexion réduite à l’essentiel, étant données les limites étroites de l’étendue des contribu-
tions.

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